• L'âne d'un jardinier se plaignait au Destin
    De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore.
    Les coqs, lui disait-il, ont beau chanter matin,
    Je suis plus matineux encore.
    Et pourquoi? pour porter des herbes au marché.
    Belle nécessité d'interrompre mon somme!
    Le Sort, de sa plainte touché,
    Lui donne un autre maître; et l'animal de somme
    Passe du jardinier aux mains d'un corroyeur.
    La pesanteur des peaux et leur mauvaise odeur
    Eurent bientôt choqué l'impertinente bête.
    J'ai regret, disait-il, à mon premier seigneur.
    Encor, quand il tournait la tête,
     J'attrapais, s'il m'en souvient bien,
    Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien:
    Mais ici point d'aubaine, ou, si j'en ai quelqu'une,
    C'est de coups. Il obtint changement de fortune;
    Et sur l'état d'un charbonnier
    Il fut couché tout le dernier.
    Autre plainte. Quoi donc! Dit le Sort en colère,
    Ce baudet-ci m'occupe autant
    Que cent monarques pourraient faire!
    Croit-il être le seul qui ne soit pas content?
    N'ai-je en l'esprit que son affaire?


    Le Sort avait raison. Tous gens sont ainsi faits:
    Notre condition jamais ne nous contente:
    La pire est toujours la présente.
    Nous fatiguons le Ciel à force de placets.
    Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête,
    Nous lui romprons encor la tête!

    Jean de la Fontaine.
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  • Jupiter eut jadis une ferme à donner.
    Mercure en fit l'annonce, et gens se présentèrent,
    Firent des offres, écoutèrent:
    Ce ne fut pas sans bien tourner;
    L'un alléguait que l'héritage
    Etait frayant et rude, et l'autre un autre si.
    Pendant qu'ils marchandaient ainsi,
    Un deux, le plus hardi, mais non pas le plus sage,
    Promit d'en rendre tant, pourvu que Jupiter
    Le laissât disposer de l'air,
    Lui donnât raison à sa guise,
    Qu'il eût du chaud, du froid, du beau temps, de la bise,
    Enfin du sec et du mouillé,
    Aussitôt qu'il aurait baillé.
    Jupiter y consent. Contrat passé, notre homme
    Tranche du roi des airs, pleut, vente, et fait en somme
    Un climat pour lui seul: Ses plus proches voisins
    Ne s'en sentaient non plus que les Américains.
    Ce fut leur avantage: Ils eurent bonne année,
    Pleine moisson, pleine vignée( Vendange) .
    Monsieur le receveur fut très mal partagé.
    L'an suivant, voilà tout changé:
    Il ajuste d'une  autre sorte
    La température des cieux.
    Son champ ne s'en trouve pas mieux;
    Celui de ses voisins fructifie et rapporte.
    Que fait-il? Il recours au monarque des dieux;
    Il confesse son imprudence.
    Jupiter en usa comme un maître fort doux.
    Jean de la Fontaine.
    Concluons que la Providence Sait ce qu'il nous faut mieux que nous.
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  • Un ange est là, qui vous regarde,
    qui vous apprend à parler,

    qui vous apprend à lire,
    qui vous apprend à aimer!

    Qui réchauffe vos doigts dans ses mains,
    votre corps dans ses genoux,

    votre âme dans son coeur;
    qui vous donne son lait quand vous êtes petit,

    son pain quand vous êtes grand,
    sa vie toujours!

    A qui vous dites:
    " Ma Mère!"
    Et qui vous dit:
    " Mon Enfant!"

    d'une manière si douce que
    ces deux mots-là réjouissent Dieu.
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  • Je puisais surtout l'âme de ma mère, je lisais à travers ses yeux, je sentais à travers ses impressions, j'aimais à travers son amour, elle me traduisait tout: nature, sentiment, sensation, pensées.

    Sans elle, je n'aurais rien su épeler de la création que j'avais sous les yeux; mais elle me mettait le doigt sur toute chose. son âme étais si lumineuse, si colorée et si chaude, qu'elle ne laissait de ténèbres et de froid sur rien.

    En me faisant peu à peu tout comprendre, elle me faisait en même temps tout aimer. En un mot, l'instruction sensible que je recevais n'était point une leçon;

    c'était l'action même de vivre, de penser et de sentir que j'accomplissais sous se yeux, avec elle, comme elle et par elle.

    C'est ainsi que mon coeur se formait en moi sur un modèle que je n'avais même pas la peine de regarder tant il était confondu avec mon propre coeur.
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  • La mère est ce qu'il y a de patient et de fidèle et de tout près et de toujours pareil et de toujours présent.

    C'est toujours la même figure attentive, et c'est toujours, sous son regard, le même enfant.

    Qui sait que tout lui appartient sans pitié et qui vous trépigne de ses deux pieds sur le ventre.
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  • Le sourire d'une maman.
    Ma mère!...Il semble qu'au début elle n'ait été pour moi que le refuge naturel, l'asile contre toutes les frayeurs de l'inconnu, contre les chagrins noirs qui n'avaient pas de cause définie.

    J'étais sans la moindre notion sur l'âge de ma mère; l'idée ne me venait seulement jamais de me demander si elle était jeune ou vieille; ce n'est même qu'un peu plus tard que je me suis aperçu qu'elle était

    bien jolie. Non, en ce temps là, c'était elle, voila tout; autant dire une figure tout à fait unique, que je ne songeais à comparer à aucune autre, d'ou rayonnaient pour moi la joie, la sécurité, la tendresse, d'ou émanait tout ce qui était bon.( Le roman d'un enfant.)
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  • Contre les assauts d'un renard
    Un arbre à des dindons servait de citadelle.
    Le perfide ayant fait tout le tour du rempart,
    Et vu chacun en sentinelle,
    S'écria: Quoi! Ces gens se moqueront de moi!
    Eux seuls seront exempts de la commune loi!
    Non, par tous les dieux! Non. Il accomplit son dire.
    La lune, alors luisant, semblait, contre le sire,
    Vouloir favoriser la dindonnière gent.
    Lui, qui n'était novice au métier d'assiégeant,
    Eut recours à son sac de ruses scélérates,
    Feignit vouloir gravir, se guinda sur ses pattes;  
    Puis contrefit le mort, puis le ressucité.
    Arlequin n'eût exécuté
    Tant de différents personnages.
    Il élevait sa queue, il la faisait briller,
    Et cent mille autres badinages,
    Pendant quoi nul dindon n'eût osé sommeiller.
    L'ennemi les laissait en leur tenant la vue
    Sur même objet toujours tendue.
    Les pauvres gens étant à la longue éblouis,
    Autant de mis à part: près de moitié succombe.
    Le compagnon les porte en son garde-manger.

    " Le trop d'attention qu'on à pour le danger
    Fait le plus souvent qu'on y tombe. "

    Jean de la Fontaine.
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