• Jupiter et le Métayer.

    Jupiter eut jadis une ferme à donner.
    Mercure en fit l'annonce, et gens se présentèrent,
    Firent des offres, écoutèrent:
    Ce ne fut pas sans bien tourner;
    L'un alléguait que l'héritage
    Etait frayant et rude, et l'autre un autre si.
    Pendant qu'ils marchandaient ainsi,
    Un deux, le plus hardi, mais non pas le plus sage,
    Promit d'en rendre tant, pourvu que Jupiter
    Le laissât disposer de l'air,
    Lui donnât raison à sa guise,
    Qu'il eût du chaud, du froid, du beau temps, de la bise,
    Enfin du sec et du mouillé,
    Aussitôt qu'il aurait baillé.
    Jupiter y consent. Contrat passé, notre homme
    Tranche du roi des airs, pleut, vente, et fait en somme
    Un climat pour lui seul: Ses plus proches voisins
    Ne s'en sentaient non plus que les Américains.
    Ce fut leur avantage: Ils eurent bonne année,
    Pleine moisson, pleine vignée( Vendange) .
    Monsieur le receveur fut très mal partagé.
    L'an suivant, voilà tout changé:
    Il ajuste d'une  autre sorte
    La température des cieux.
    Son champ ne s'en trouve pas mieux;
    Celui de ses voisins fructifie et rapporte.
    Que fait-il? Il recours au monarque des dieux;
    Il confesse son imprudence.
    Jupiter en usa comme un maître fort doux.
    Jean de la Fontaine.
    Concluons que la Providence Sait ce qu'il nous faut mieux que nous.
    « Victor Hugo.L'Ane et ses Maîtres. »
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