• Pierre de Ronsard. L' Alouette.

    Hé Dieu! que je porte d'envie

    Aux félicités de ta vie,
    Alouette, qui de l'amour
    Casquettes dès le point du jour,

    Secouant la douce rosée
    En l'air, dont tu es arrosée.

    Devant que Phoebus soit levé
    Tu enlèves ton corps lavé
    Pour l'essuyer près de la nue,
    Trémoussant d'une aile menue

    Et te sourdant à petits bonds,
    Tu dis en l'air de si doux sons
    Composés de ta tirelire,
    Qu'il n'est amant qui ne désire

    Comme toi devenir oiseau
    Pour dégoiser un chant si beau;
    Puis,
    quand tu t'es bien élevée,

    Tu tombes comme une fusée
    Qu'une jeune pucelle au soir
    De sa quenouille laisse choir,
    Quand au foyer elle sommeille,
    Frappant son sein de son oreille...
    Tu vis sans offenser personne;
    Ton bec innocent ne moissonne
    Le froment, comme ces oiseaux
    Qui font aux hommes mille maux,
    Soit que le blé rongent en herbe,

    Ou bien qu'ils l'égrènent en gerbe;

    Mais tu vis les sillons verts

    De petits fourmis et de vers;
    Ou d'une mouche, ou d'une achée

    Tu portes aux tiens la becquée,

    Des feuilles, quand l'hiver est mort...

    Ainsi jamais la main pillarde

    D'une pastourelle mignarde

    Parmi les sillons épiant
    Votre nouveau nid pépiant,

    Quand vous chantez, ne le dérobe
    Ou dans son sein, ou dans sa robe.
    Vivez, oiseaux, et vous haussez
    Toujours en l'air, et annoncez

    De votre chant et de votre aile

    Que le printemps se renouvelle.

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  • Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
    Assise auprès du feu, dévidant et filant,
    Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant:
    " Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle!
    Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
    Déjà le labeur à demi sommeillant,
    Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
    Bénissant votre nom de louange immortelle.
    Je serai sous la terre et, fantôme sans os,
    Par les ombres myrteux je prendrai mon repos:
    Vous serez au foyer une vieille accroupie,
    Regrettant mon amour et votre fier dédain,
    Vivez, si vous m'en croyez, n'attendez à demain:
    Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

    Les Amours . Pierre de Ronsard.
    photo de josé

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  • (1522-1560).

    Si notre vie est moins qu'une journée
    En l'éternel, si l'an qui fait le tour
    Chasse nos jours sans espoir de retour,
    Si périssable est toute chose née,

    Que songe-tu, mon âme emprisonnée?
    Pourquoi te plaît l'obscur de notre jour,
    Si pour voler en un plus clair séjour
    Tu as au dos l'aile bien empanée?

    Là est le bien que tout esprit désire,
    Là, le repos ou tout le monde aspire,
    Là est l'amour, là, le plaisir encore.

    Là, ô mon âme, au plus haut ciel guidée,
    Tu y pourras reconnaître l'Idée,
    De la beauté, qu'en ce monde j'adore.

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  • Poème.
    Mon bien, mon Mal, ma Mort, ma Vie,
    Ma compagne, mon ennemie,

    Ma toute douce, ma Rigueur,
    Mon amertume, Ma douceur,
    Mon tout, mon Rien, et ma Parfaite,
    Ma gentillesse, ma Doucette,
    Ma Gaillardise, ma Brunette,
    Ma Fière, hélas! me tuerez-vous
    D'un seul regard à tous les coups?
    Allons, Belle, sous ce rosier,
    Allons  ma Toute désirée,

    Allons voir si la Cythérée

    N'a rien cueilli depuis hier.


    Pourquoi vous faites-vous prier?

    Ne vaut-il pas mieux cependant

    Que le soleil n'est point ardant
    Cueillir cette belle jeunesse,
    Qu'attende une morne vieillesse?

     

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  • Claudine, avec le temps tes grâces passeront,
    Ton jeune teint perdra sa pourpre et son ivoire,

    Le ciel qui te fit blonde un jour te verra noire,

    Et, comme je languis, tes beaux yeux languiront.

    Ceux que tu traites mal te persécuteront,

    Ils riront de l'orgueil qui t'en fait accroire,
    Ils n'auront plus d'amour, tu n'auras plus de gloire,

    Tu mourras, et mes vers jamais ne périront.

    O cruelle à mes voeux ou plutôt à toi-même,
    Veux-tu forcer des ans la puissance suprême,
    Et te survivre encore au-delà du tombeau?

    Que ta douceur m'oblige à faire ton image
    Et les ans douteront qui parut le plus beau,
    ou mon esprit ou ton visage.
    Amours de Claudine.

    Guillaume Colletet.

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  • Celui n'est pas heureux qui n'a ce qu'il désire,
    Mais bienheureux celui qui ne désire pas
    Ce qu'il n'a point: l'un sert de gracieux appas
    Pour le contentement et l'autre est un martyre.

    Désirer est tourment qui brûlant nous altère
    Et met en passion; donc ne désirer rien
    Hors de notre pouvoir, Vivre content du sien
    Ores qu'il fut petit, c'est fortune prospère.

    Le désir d'en avoir pousse la nef en proie

    Du corsaire, des flots, des roches et des vents
    Le désir importun aux petits d'être grands,
    Hors du commun sentier bien souvent les dévoie.
    L'un poussé de l'honneur par flatteuse industrie

    Désire ambitieux sa fortune avancer;

    L'autre se voyant pauvre à fin d'en amasser
    Trahit son Dieu, son Roi, son sang et sa patrie.
    L'un pipé du Désir, seulement pour l'envie

    Qu'il a de se gorger de quelque faux plaisir,
    Enfin ne gagne rien qu'un fâcheux déplaisir,
    Perdant son heur, son temps, et bien souvent la vie.

    L'un pour se faire grand et redorer l'image
    A sa triste fortune, époint de cette ardeur,
    Soupire après un vent qui le plonge en erreur,
    Car le désir n'est rien qu'un périlleux orage.

    L'autre esclave d'Amour,désirant l'avantage
    Qu'on espère en tire, n'embrassant que le vent,
    Loyer de ses travaux, est payé bien souvent
    D'un refus, d'un dédain et d'un mauvais visage.

    L'un plein d'ambition, désireux de paraître
     Favori de son Roi, recherchant son bonheur,
    Avançant sa fortune, avance son malheur,
    Pour avoir trop sondé le secret de son maistre.

    Désirer est un mal, qui vain nous ensorcelle;
    C'est l'heur que de jouir, et non pas d'espérer:
    Embrasser l'incertain, et toujours désirer
    Est une passion qui nous met en cervelle.

    Bref le Désir n'est rien qu'ombre et que pur mensonge,

    Qui travaille nos sens d'un charme ambitieux,
    Nous déguisant le faux pour le vrai, qui nos yeux
    Va trompant tout ainsi que l'image d'un songe.
    ( Les pierres Précieuses 1756).

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  • J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme,
    Sans chercher à savoir et sans considérer

    Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,
    Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.

    Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis!
    Si même ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla;
    S'il en demeurer dix, je serai le dixième;
    Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là!

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