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2024-09-24T13:55:53+02:00

Théophile De Viau. La solitude.

Publié par osebo-moaka
Dans ce val solitaire et sombre,
Le cerf qui brame au bruit de l'eau,
Penchant ses yeux dans un ruisseau,
S'amuse à regarder son ombre.

De cette source une naïade
Tous les soirs ouvre
le portal
De sa demeure de cristal,
Et nous chante une sérénade.

Les nymphes, que la chasse attire
A l'ombrage de ces forêts,
Cherchent les cabinets secrets
Loin de l'embûche du satyre.

Jadis, au pied de ce grand chêne,
Presque aussi vieux que le soleil,
l'Amour et le Sommeil
Firent la fosse de Silène.

Un froid et ténébreux silence
Dort à l'ombre de ces ormeaux,
Et les vents battent les rameaux
D'une amoureuse violence.

L'esprit plus retenu s'engage
Au plaisir de ce doux séjour,
Ou philomèle nuit et jour
Renouvelle un piteux langage.

L'orfraie et le hibou s'y perde;
Ici vivent les loups-garous;
Jamais la justice en courroux
Ici de criminels ne cherche.

Ici l'amour fait ses études;
Vénus y dresse des autels,
Et les visites des mortels
Ne troublent point ces solitudes.


Cette forêt n'est point profane;
Ce ne fut point sans la fâcher
Qu'Amour y vint jadis cacher
Le berger qu'enseignait Diane.

Amour pouvait par innocence
Comme enfant, tendre ici des rêts,
Et, comme reine des forêts,
Diane avait cette licence.

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2024-09-24T13:30:48+02:00

Musset.1835-1837, Les Nuits.

Publié par osebo-moaka
Du temps que j'étais écolier,
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire,
Devant ma table vint s'asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau,
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire,
Il pencha son front sur ma main,
Et resta jusqu'au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.

Comme j'allais avoir quinze ans,
Je marchais un jour, à pas lents,
dans un bois, sur une bruyère,
Au pied d'un arbre vint s'asseoir,
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin;
Il tenait un luth d'une main,
De l'autre un bouquet d'églantine,
Il me fit un salut d'ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.

A l'âge ou l'on croit à l'amour,
J'étais seul dans ma chambre un jour,
Pleurant ma première misère,
Au coin de mon feu vint  s 'asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux;
D'une main il montrait les cieux,
Et de l'autre il tenait un glaive,
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu'un soupir,
Et s'évanouit comme un rêve.

A l'âge ou l'on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevai mon verre,
En face de moi vint s'asseoir,
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il secouait sous son manteau
Un haillon de pourpre en lambeau,
Sur sa tête un myrte stérile,
Son bras maigre cherchait le mien,
Et mon verre, en touchant le sien,
Se brisa dans ma main débile.

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