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2024-09-24T13:55:53+02:00

Théophile De Viau. La solitude.

Publié par osebo-moaka
Dans ce val solitaire et sombre,
Le cerf qui brame au bruit de l'eau,
Penchant ses yeux dans un ruisseau,
S'amuse à regarder son ombre.

De cette source une naïade
Tous les soirs ouvre
le portal
De sa demeure de cristal,
Et nous chante une sérénade.

Les nymphes, que la chasse attire
A l'ombrage de ces forêts,
Cherchent les cabinets secrets
Loin de l'embûche du satyre.

Jadis, au pied de ce grand chêne,
Presque aussi vieux que le soleil,
l'Amour et le Sommeil
Firent la fosse de Silène.

Un froid et ténébreux silence
Dort à l'ombre de ces ormeaux,
Et les vents battent les rameaux
D'une amoureuse violence.

L'esprit plus retenu s'engage
Au plaisir de ce doux séjour,
Ou philomèle nuit et jour
Renouvelle un piteux langage.

L'orfraie et le hibou s'y perde;
Ici vivent les loups-garous;
Jamais la justice en courroux
Ici de criminels ne cherche.

Ici l'amour fait ses études;
Vénus y dresse des autels,
Et les visites des mortels
Ne troublent point ces solitudes.


Cette forêt n'est point profane;
Ce ne fut point sans la fâcher
Qu'Amour y vint jadis cacher
Le berger qu'enseignait Diane.

Amour pouvait par innocence
Comme enfant, tendre ici des rêts,
Et, comme reine des forêts,
Diane avait cette licence.

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2015-02-24T10:22:28+01:00

Alfred de Musset.

Publié par osebo-moaka

( 1810-1857).

Poésie.
J'ai dit à mon coeur, à mon faible coeur;

N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse?

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
C'est perdre en désirs le temps du bonheur?

Il m'a répondu: Ce n'est point assez,
Ce n'est point assez d'aimer sa maîtresse;

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse

Nous rend doux et chers les plaisirs passés?
J'ai dit à mon coeur, à mon faible coeur:

N'est-ce point assez de tant de tristesse?

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,

C'est à chaque pas trouver la douleur?
Il m'a répondu: Ce n'est point assez

Ce n'est point assez de tant de tristesse;
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse
Nous rend doux et chers les chagrins passés?

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2014-12-29T10:39:35+01:00

Le Pouvoir des Fables...

Publié par osebo-moaka

A M. de Bartillon.( Ambassadeur de France en Angleterre).

La qualité d'ambassadeur
Peut-elle s'abaisser à des contes vulgaires?
Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères?

S'ils osent quelquefois prendre
un air de grandeur,seront-ils point traités
par vous de téméraires?

Vous avez bien d'autres affaires
A démêler que les débats
Du Lapin et de la Belette.
Liez-les; ne les lisez pas:

Mais empêchez qu'on ne nous
mette toute l'Europe sur les bras.
Que de mille endroits de la terre
Il nous vienne des ennemis,

J'y consens; mais que l'Angleterre
Veuille que nos deux rois se lassent d'être amis,
J'ai peine à digérer la chose.
N'est-il point encor temps que Louis se repose?

Quel autre Hercule enfin ne se trouverait las
De combattre cette hydre?

Et faut-il quelle oppose

Une nouvelle tête aux efforts de son bras?

Si votre esprit plein de souplesse,

Par éloquence et par adresse,
Peut adoucir les coeurs et détourner ce coup,

Je vous sacrifierai cent moutons: c'est beaucoup
Pour un habitant du Parnasse.
Cependant faites-moi la grâce
De prendre en don ce peu d'encens.

Prenez en gré mes voeux ardents,
Et le récit en vers qu'ici je vous dédie.
Son sujet vous convient; je n'en dirai pas plus:
Sur les éloges que l'envie
Doit avouer qui vous sont dus,
Vous ne voulez pas qu'on appuie.

Dans Athène autrefois, peuple vain et léger,
Un orateur, voyant sa patrie en danger,
Courut à la tribune; et, d'un art tyrannique,

Voulant forcer les coeurs dans une république,
Il parla, fortement sur le commun salut:
On ne l'écoutait pas.
L'orateur recourut

A ces figures violentes
Qui savent exciter les âmes les plus lentes.
Il fit parler les morts, tonna, fit ce qu'il put;

Le vent emporta tout, personne ne s'émut.
L'animal aux têtes frivoles,
Etant fait à ces traits, ne daignait l'écouter;
Tous regardaient ailleurs: Il en vit s'arrêter

A des combats d'enfants, et point à ses paroles.
Que fit le harangueur?
Il prit un autre tour.
Cérès, commença -t-il, faisait voyage un jour
Avec l'anguille et l'hirondelle.
Un fleuve les arrête, et l'anguille en nageant,

Comme l'hirondelle en volant, le traversa bientôt.
L'assemblée à l'instant
Cria tout d'une voix:
Et Cérès, que fit-elle?
Ce qu'elle fit!

un prompt courroux L'anima d'abord contre vous.
Quoi! de contes d'enfant son peuple s'embarrasse;
Et du péril qui le menace
Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet!

Que ne demandez-vous ce que Philippe fait?

A ce reproche l'assemblée,
Par l'apologue réveillé,
Se donne entière à l'orateur.
Un trait de fable en  eut l'honneur.

' Nous sommes tous d'Athène en ce point, et moi-même,
Au moment que je fais cette moralité,
Si peau-d'âne m'était conté,

j'y prendrais un plaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on:
je le crois;
cependant il le faut amuser encor comme un enfant.
Jean de la Fontaine.

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2013-06-14T14:10:53+02:00

Proverbe.

Publié par osebo-moaka

Nous ne ferons plus qu'un,
au point que, si tu pleures,
ma lèvre aura le goût du sel.

Proverbe.

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2013-06-13T06:37:12+02:00

Lettre d'Amour.

Publié par osebo-moaka

Je vous aime comme un insensé; comme ni mon âge,
ni une longue habitude de la vie, ni mon coeur,
froissé depuis longtemps par la douleur de la vie
et fermé depuis à toute émotion profonde, ne devraient
me permettre encore d'aimer.
Je vous écris d'une main tremblante, respirant à peine
et le front couvert de sueur.
Vous avez saisi, enlacé, dévoré mon existence:
vous êtes l'unique pensée, l'unique sensation, l'unique
souffle qui m'anime encore.
Je ne veux point vous effrayer.
Je ne veux point employer ces menaces trop profanées
par tant d'autres.
Je ne sais ce que je deviendrai.
Peut-être me consumerai-je, sans violences, de douleur
sourde et de désespoir concentré.
Je regretterai la vie parce que je regretterai votre pensée,
les traits que je me retrace, le front, les yeux, le sourire que je vois.
Benjamin Constant, à Anna Lindsay, le 29 novembre 1800.

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2013-05-24T21:53:33+02:00

André Suarès.

Publié par osebo-moaka
La voix ne trompe point,
même si les paroles trompent.
écrivain français
.

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2013-05-13T11:32:20+02:00

La Grenouille qui se veut aussi grosse que le Boeuf.

Publié par osebo-moaka

Une grenouille vit un boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un oeuf,
Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille
Pour égaler l'animal en grosseur;
Disant:
Regardez bien, ma soeur;
Est-ce assez? dites-moi; n'y-suis-je-point encore?
Nenni-M'y voici donc?
Point du tout
M'y voila?
Vous n'en approchez point.
La chétive pécore s'enfla si bien qu'elle creva.
Jean de la Fontaine.
( C'est à Horace que
la Fontaine doit ce dialogue plein de naturel
et de vivacité.
)La Grenouille qui se veut aussi grosse que le Boeuf.

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