• Le Coche et la Mouche.

    Dans un chemin, sablonneux, malaisé,
    Et de tous les côtés au soleil exposé,
    Six forts chevaux tiraient un coche.
    Femmes, moines, vieillards, tout était descendu:
    L'attelage suait, soufflait, était rendu.
    Une mouche survient, et des chevaux s'approche,
    Prétend les animer par son bourdonnement,
    Pique l'un, pique l'autre,
    et pense à tout moment
    Qu'elle fait aller la machine,
    S'assied sur le timon, sur le nez du cocher.
    Aussitôt que le char chemine,
    Et qu'elle voit les gens marcher,
    Elle s'en attribue uniquement la gloire,
    Va, vient, fait l'empressée: il semble que ce soit
    Un sergent de bataille allant en chaque endroit
    Faire avancer ses gens et hâter la victoire.
    La mouche, en ce commun besoin,
    Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin
    Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire.
    Le moine disait son bréviaire:
    Il prenait bien son temps! Une femme chantait:
    C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait!
    Dame mouche s'en va chanter à leurs oreilles,
    Et fait cent sottises pareilles
    Après bien du travail, le coche arrive au haut.
    Respirons maintenant, dit la mouche aussitôt:
    J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.
    ça, Messieurs les chevaux, payez-moi de ma peine.

    Jean de la Fontaine.

    Ainsi certaines gens, faisant les empressés,
    S'introduisent dans les affaires:
    Ils font partout les nécessaires.
    Et , partout importuns, devraient d'être chassés.
    « Philippe Bouvard.
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