2013-10-19T16:29:05+02:00
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2013-10-18T12:12:36+02:00
Il mourut à l’aube. Fédérico Garcia Lorca.
Il mourut à l'aube.
Nuit de quatre lunes
Et un seul arbre,
Avec une seule ombre
Et un seul oiseau.
Je cherche dans ma chair
Les traces de tes lèvres
La source embrasse le vent.
Sans le toucher
Je porte le nom que tu m'as dit
Dans la paume de ma main,
Comme un citron de cire
Presque blanc.
Nuit de quatre lunes
Et un seul arbre.
Sur la pointe d' éguille
Et mon amour... qui change!
Fédérico Garcia Lorca.
2013-10-18T11:52:41+02:00
Pluie Noire.
La jeune et jolie Yasuko ne trouve pas de mari. Cinq ans après l’explosion de la bombe atomique, elle vit avec son oncle et sa tante dans un village près d’Hhiroshima. On raconte que l’averse de pluie noire qui a suivi l’explosion est tombée sur elle. Or, à long terme, cette pluie cause une maladie mortelle. Son oncle décide de prouver qu’elle n’a pas été atteinte par la radioactivité. Pour cela il recourt au journal que sa nièce tenait en 1945, et à ses propres notes d’alors, qu’il intitule Journal d’un sinistré. L’essentiel du livre est constitué par ces écrits qui relatent, au présent, et par des témoins qui ne comprennent pas ce qui leur arrive. La découverte de l’horreur mêlée aux plus émouvants et doux aspects de la vie quotidienne.
6 août 1945. Yakaso note dans son journal:
J’ai cru que la nuit venait, mais arrivée à la maison, je me suis aperçue qu’il n’en était rien, que l’ombre crépusculaire était due aux fumées qui remplissaient le ciel. Oncle et Tante étaient là. Ils allaient partir à ma recherche. Oncle s’était trouvé à la station de Yokogawa au moment du bombardement, et il avait été blessé à la joue gauche. La maison penchait, mais Tante était sauve. Sur une remarque d’Oncle, je me suis aperçue que j’étais couverte d’éclaboussures, comme de boue. Ma blouse à manches courtes était salie aussi, et même en partie abîmée. En me regardant dans la glace, je vis que, sauf la partie qui avait été abritée par ma capuche de protection aérienne, j’étais couverte de taches de même couleur. Je me suis alors souvenue qu’une pluie noire était survenue après notre embarquement sur le bateau clandestin. Ce devait être vers dix heures du matin, je crois. Des nuages noirs qui roulaient sur la ville s’étaient élevés des grondements de tonnerre, et il avait plu aussi dru et raide que s’il était tombé des stylos. La pluie n’avait pas duré. Je devais être bien distraite, car plus tard, j’ai cru avoir été surprise par cette pluie dans le camion; j’avais dû vouloir le croire, car je ne devais guère être en état de bien percevoir les choses à ce moment là. D’ailleurs, la pluie noire avait cessé aussi vite qu’elle était apparue, tout à fait comme une hallucination. C’était une pluie fourbe. Je me suis lavée les mains à la source du jardin, mais j’ai eu beau les frotter avec du savon, la souillure n’est pas partie; on aurait dit qu’elle collait indissolublement à la peau; je n’y comprenais rien; j’ai demandé à Oncle de regarder. » C’est peut être du gras de bombe incendiaire, a -t-il dit. Ils auraient donc lancé une bombe incendiaire… ». Puis, m’examinant la figure: » ça pourrait aussi bien être de la boue mélangée à du gaz toxique. Ils auraient donc jeté une bombe à gaz? » a -t-il poursuivit. Et, regardant ma figure encore une fois: » Non, ça n’a pas l’air d’être du gaz. Ce seront plutôt des éclaboussures provenus d’une explosion d’un magasin de poudre de l’armée, auquel un espion aura mis le feu. Moi j’ai été bombardé à la gare de Yokogawa, j’ai regagné la maison en marchant le long des rails, mais je n’ai pas rencontré de pluie noire.
2013-10-18T11:50:51+02:00
Rendez-vous.
y-l
2013-10-18T11:40:54+02:00
Promenade de Picasso.( Jacques Prévert).
Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle
Une pomme rose
Face à face avec elle
Un peintre de la réalité
essaie vainement de peindre
La pomme telle qu’elle est
mais
elle ne se laisse pas faire
la pomme
Elle a son mot à dire
Et plusieurs tours dans son sac de pomme
la pomme
Et la voila qui tourne
dans son assiette réelle
Sournoisement sur elle-même
Doucement sans bouger
Et comme un duc de Guise qui se déguise
en bec de gaz
Parce qu’on veut lui tirer le
portrait
La pomme se déguise en beau fruit déguisé
et c’est alors
Que le peintre de la réalité
commence à réaliser
que toutes les apparences de la pomme
sont contre lui
et
comme un malheureux indigent
comme un pauvre nécessiteux qui se trouve
soudain à la
merci de n’importe quelle association
bienfaisante
et charitable et redoutable de bienfaisance
de charité et de redoutabilité
le malheureux peintre de la réalité
Se trouve soudain alors être la triste proie
d’une innombrable foule d’associations
d’idées
Et la pomme en tournant évoque le pommier
Le paradis terrestre et Eve et puis Adam
L’arrosoir l’espalier Parmentier l’escalier
Le Canada les Hespérides la Normandie
la Reinette
Et l’Api
Le serpent du jeu de Paume le serment du
jus de pomme
et le péché originel
et les origines de l’art
et la Suisse avec Guillaume Tell
et même Isaac Newton
plusieurs fois primé à l’Exposition de la
Gravitation Universelle
et le peintre étourdi perd de vue so
modèle
et s’endort
c’est alors que Picasso
qui passait par là comme il passe partout
Chaque jour comme chez lui
voit la pomme et l’assiette et le peintre
endormi
quelle idée de peindre une pomme
dit Picasso
et Picasso mange la pomme
et la pomme lui dit Merci
et Picasso casse l’assiette
et s’en va en souriant
et le peintre arraché à ses songes
comme une dent
se retrouve tout seul devant sa toile
inachevée
Avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
les terrifiants pépins de la réalité.
Jacques Prévert.
2013-10-18T11:39:53+02:00
2013-10-17T08:26:37+02:00
Tendresse de Paul Géraldy.
Tu m’aimes?… Qu’est ce que tu fais?
Tu ne dis rien. Mets-toi plus près.
Laisse ces choses qui t’occupent,
et viens t’étendre ici, voyons!
Je ferai bien attention.
Je ne friperai pas ta jupe.
Ôtons les coussins s’ils te gênent.
Tâchons de nous installer bien.
Et donnez-moi vos mains, vilaine,
et mettez vos yeux dans les miens.
Si vous saviez comme on vous aime!
Regardez-moi mieux… Encore mieux!
ça doit bien se voir dans mes yeux
que je t’ai donné tout de moi-même!
Tu le vois, dis? Tu le comprends?
Mon amour, ce soir est si grand,
si grave, si profond, si tendre!…
1913.
2013-10-17T08:23:03+02:00
Les Cygnes sauvages de Coole.
Les arbres sont vêtus de leur beauté d’automne,
La sente est sèche au bois,
A la brune d’octobre l’eau reflète un calme ciel;
Sur l’eau qui monte encore entre les pierres
Sont là cinquante-neuf cygnes.
Le dix-neuvième automne est descendu sur moi
Depuis mon premier compte:
Je vis, sans avoir bien fini,
Tous soudain s’enlever,
Se disperser, tournant en grands cercles brisés
Dans la clameur des ailes.
J’ai longtemps contemplé ces oiseaux éclatants,
Et mon coeur est meurtri;
Tout est changé depuis qu’entendant à la brune
Ici pour la première fois
Battre au-dessus de moi les cloches de leurs ailes
Je passais d’un pas plus léger.
Sans se lasser, toujours par couples d’amoureux,
Ils pagaient dans le froid
Des courants familiers ou montent dans les airs;
Leur coeur n’a pas vieilli;
Conquête ou passion, ou que leur aile vague,
Les escortent toujours.
Mais voici qu’ils dérivent sur l’eau calme,
Mystérieux, splendides;
Parmi les joncs bâtiront-ils,
Près de quel lac, étang
Raviront-ils les yeux quand je m’éveillerai
Pour voir qu’ils se sont envolés?
poème composé en 1916.
De William Butler Yeats.
2013-10-17T08:13:49+02:00
Pierre Granier.
Chaque être humain est seul,
mais les bonnes actions dissipent
la solitude, en nous révélant que nous
nous soucions les uns des autres.
2013-10-17T08:10:30+02:00




