• Toulouse et son chanteur.

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  • Je ne vois point de créature
    Se comporter modérément.
    Il est certain tempérament
    Que le maître de la nature
    Veut que l'on garde en tout.
    Le fait-on? nullement:
    Soit en bien, soit en mal, cela n'arrive guère.
    Le blé, riche présent de la blonde Cérès,
    Trop touffu bien souvent épuise les guérets:
    En superfluités s'épandant d'ordinaire,
    Et poussant trop abondamment,
    Il ôte à son fruit l'aliment.
    L'arbre n'en fait pas moins, tant le luxe sait plaire.
    Pour corriger le blé, dieu permit aux moutons
    De retrancher l'excès des prodigues moissons:
    Tout au travers, ils se jetèrent,
    Gâtèrent tout, et tout broutèrent,
    Tant que le ciel permit aux loups
    D'en croquer quelques-uns: Ils les croquèrent tous;
    S'ils ne le firent pas, du moins ils y tâchèrent.
    Puis le ciel permit aux humains
    De punir ces derniers: les humains abusèrent
    A leur tour des ordres divins.
    ( De tous les animaux, l'homme a le plus de pente
    A se porter dedans l'excès.)
    Jean de la fontaine.
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  • Parmi de certains coqs incivils, peu galants,
    Toujors en noise, et turbulants,
    une perdrix était nourrie.
    son sexe, et l'hospitalité,
    De la part de ces coqs, peuple à l'amour porté,
    Lui faisait espére beaucoup d'honnêteté:
    Ils feraient les honneurs de la ménagerie.
    Ce peuple cependant, fort souvent en furie,
    Pour la dame étrangère ayant peu de respect,
    Lui donnait fort souvent d'horrible coups de bec.
    D'abord elle en fut affligé;
    Mais sitôt qu'elle eut vu cette troupe enragée
    S'entre-battre elle-même et se percer les flancs,
    Elle se consola. Ce sont leurs moeurs, dit-elle;
    Ne les accusons point, plaignons plutôt ces gens:
    Jupiter sur un seul modèle
    N'a pas formé tous les esprits;
    Il est des naturels de coqs et de perdrix.
    S'il dépendait de moi, je passerais ma vie
    En plus honnête compagnie.
    Le maître de ces lieux en ordonne autrement;
    Il nous prend avec des tonnelles,
    Nous loge avec des coqs, et nous coupe les ailes:
    C'est de l'homme qu'il faut se plaindre seulement.
    Jean de la Fontaine.
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  • Le paon se plaignait à Junon:
    Déesse, disait-il, ce n'est pas sans raison
    Que je me plains, que je murmure:
    Le chant dont vous m'avez fait don
    Déplaît à toute la nature;
    au lieu qu'un rossignol, chêtive créature,
    Forme des sons aussi doux qu'éclatants,
    Est lui seul l'honneur du printemps.
    Junon répondit en colère:
    Oiseau jaloux, et qui devrait se taire,
    Est-ce à toi d'envier la voix du rossignol,
    Toi que l'on voit porter à l'entour de ton col
    Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies;
    Qui te panades, qui déploies
    Une si riche queue, et qui semble à nos yeux
    La boutique d'un lapidaire?
    Est-il quelque oiseau sous les cieux
    plus que toi capable de plaire?
    Tout animal n'a pas toutes propriétés.
    Nous vous avons donné diverses qualités:
    Les uns ont la grandeur et la force en partage:
    Le faucon est léger, l'aigle plein de courage;
    Le corbeau sert pour le présage;
    La corneille avertit des malheurs à venir.
    Tous sont contents de leur ramage.
    Cesse donc de te plaindre, ou bien, pour te punir,
    Je t'ôterai ton plumage.Le Paon se plaignent à Junon.
    Jean de la Fontaine.
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  • L'oiseau de Jupiter enlevant un mouton,
    Un corbeau, témoin de l'affaire,
    Et plus faible de reins, mais non pas moins glouton,
    En voulut sur l'heure autant faire.
    Il tourne à l'entour du troupeau
    Marque entre cent moutons le plus gras, le plus beau.
    Un vrai mouton de sacrifice:
    On l'avait réservé pour la bouche des dieux.
    Gaillard corbeau disait, en les couvant des yeux
    Je ne sais qui fut ta nourrice,
    Mais ton corps me paraît en  merveilleux état:
    tu me serviras de pâture.
    sur l'animal bêlant il s'abat.
    La moutonnière créature
    Pesait plus qu'un fromage; outre que sa toison
    Etait d'une épaisseur extrême,
    Et mêlée à peu près de la même façon
    Que la barbe de Polyphême.
    elle empêtra si bien les serres du corbeau,
    Que le pauvre animal ne put faire retraite.
    Le berger vient, le prend, l'encage bien et beau,
    Le donne à ses enfants pour servir d'amusette.
    ( L'exemple est un dangereux leurre:
    Tous les mangeurs de gens ne sont pas
    grands seigneurs; Ou la guèpe a passé,
    Le moucheron demeure).
    (( polyphême: le plus grand des cyclopes.
    Ulysse lui creva l'oeil.))

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  • Certain fou poursuivait à coups de pierre un sage.
    Le sage se retourne et lui dit : Mon ami
    C'est fort bien fait à toi, reçois cet écu-ci.
    Tu fatigues assez pour gagner davantage;
    Toute peine, dit-on , est digne de loyer:
    Voit cet homme qui passe, il à de quoi payer;
    Adress-lui tes dons, ils auront leur salaire.
    Amorcé par le gain, notre fou s'en va faire
    Même insulte à l'autre bourgeois.
    On ne le paya pas en argent cette fois.
    Maintestafier accourt: on vous happe notre homme,
    On vous l'échine, on vous l'assomme.
    ( Auprès des rois il est des pareils fous:
    A vos dépens ils font rire le maître.
    Pour réprimer leur babil, irez-vous
    Les maltraiter?
    Vous n'êtes pas peut-être
    Assez puissant. Il faut les enrager
    A s'adresser à qui peut se venger).

    (( Maintestafier: nom donné en Italie
    à des domestiques armés)).
    Jean de la Fontaine.
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  • bertrand avec raton, l'un singe et l'autre chat,
    commensaux d'un logis, avaient un commun maître.
    d'animaux malfaisants c'était un très bon plat:
    ils n'y craignaient tous deux aucun, quel qu'il pût être.
    Trouvait-on quelque chose au logis gâté,
    l'on ne s'en prenait point aux gens du voisinage:
    Bertrand dérobait tout; Raton, de son côté,
    etait moins attentif aux souris qu'au fromage.
    Un jour, au coin du feu, nos deux maître fripons
    Regardaient rôtir des marrons.
    Les escroquer était une bonne affaire;
    nos galants y voyaient double profit à faire:
    Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrui.
    Bertrand dit à raton: frère, il faut aujourd'hui
    Que tu fasses un coup de maître;
    Tire-moi ces marrons. Si dieu m'avait fait naître
    Propre à tirer marrons du feu,
    Certes, marrons verraient beau jeu.
    aussitôt fait que dit: raton, avec sa patte,
    D'une manière délicate,
    ecarte un peu la cendre, et retire les doigts;
    Puis les reporte à plusieurs fois;
    Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque;
    Et cependant Bertrand les croque.Une servante vient:
    adieu mes gens. Raton
    N'était pas content, ce dit-on.
    ( Ainsi ne le sont pas la plupart de ces princes qui,
    flattés d'un pareil emploi,
    Vont s'échauder en des provinces
    Pour le profit de quelque roi).
    Jean de la Fontaine.
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